DANIEL MEUROIS : UNE SORTE D’INDÉCENCE…

Chers amis lecteurs, voici en ce début d’année quelques simples lignes extraites de mon tout dernier ouvrage, ¨La Médecine des trois S¨. Je les ai sélectionnées parmi beaucoup d’autres car, sous le côté anodin de la petite histoire qui y est citée, c’est assurément l’un des malaises de notre société qui y est abordé.

Il y a en effet de nouvelles indécences qui y sont apparues, celle, par exemple, qui consiste à éprouver l’envie de réfléchir au sens de notre vie et à ce mystère qui fait qu’un être humain soit un être humain et aussi, toute forme de vie un miracle permanent devant lequel on peut simplement s’incliner.. Oui… se questionner sur ce que bien être l’Esprit, c’est très très scabreux ! Et je ne doute pas que certaines et certains d’entre vous l’aient déjà expérimenté…

Une sorte d’indécence…

“C’était il y a quelques années et, ainsi que cela arrive parfois à tout un chacun, je me trouvais à demi allongé sur le siège d’un cabinet dentaire… Situation banale dont on souhaite toujours s’extraire le plus vite possible. La dentiste était une jeune femme dans la trentaine et elle me voyait pour la première fois. Quelques mots d’usage naturellement échangés puis des questions de sa part auxquelles, la bouche ouverte, je ne pouvais répondre qu’en baragouinant. Et puis, tout à coup, alors qu’un petit instrument pointu finissait de se promener entre mes dents, voilà que la jeune femme en vint à me demander “ce que je faisais dans la vie”. À question simple, réponse tout aussi simple.

˗ « J’écris des livres, lui ai-je fait, je suis écrivain. »

˗ « Ah ? Et qu’écrivez-vous ? Des romans ? »

La situation se compliquait car je savais d’expérience que j’allais entrer sur un terrain mouvant. Quels mots trouver ? Il n’y en avait pas des quantités…

˗ « Non, pas des romans. Des livres de… spiritualité. »

Il y eut un petit moment de silence, une sorte d’apnée temporelle, puis j’ai vu le regard de la jeune dentiste se poser sur moi par-dessus ses lunettes.

˗ « Oh, ce n’est pas grave, fit-elle enfin… On a le droit de s’intéresser à tout… Et puis il en faut bien pour tout le monde ! »

Au ton de sa voix c’était comme si, prise d’une soudaine empathie, elle cherchait à me rassurer, à me déculpabiliser quant à la faiblesse, au problème, voire au handicap ou à la “tare” que je venais de lui avouer.

Que répondre ? À vrai dire, je n’en ai pas eu le temps. Déjà elle m’avait ouvert la bouche pour être bien certaine que je n’allais pas l’entraîner dans une situation pour elle embarrassante. Enfin elle s’est empressée d’appeler son assistante et notre échange s’est arrêté là. Une demi-heure plus tard, je quittais les lieux sur un banal “au revoir” décoloré.

Pas de surprise… Tout était conforme aux normes de notre société et à ce qu’elle sème en continu. Vous pouvez y parler de ce que vous voulez, même y aborder les sujets les plus “scabreux” mais, dès que vous prononcez certains mots comme, justement, le mot spiritualité, vous créez automatiquement un malaise, cela devient presque indécent et il faut vite tourner la page avec n’importe quel sujet désamorçant et surtout pas tabou…

« Au fait… Savez-vous quel temps on annonce pour la fin de semaine ? »

Voilà où nous en sommes globalement, voilà aussi la raison profonde de ce livre qui n’est rien d’autre qu’un ouvrage à vocation thérapeutique destiné à une vaste société dont la plupart des membres sont en situation de déni face au vide souffrant mais muet qui s’est installé en eux.¨

Daniel Meurois. ¨La Médecine des trois S… sexualité, sensualité, spiritualité”. Éditions Le Passe-Monde


source : Facebook/DanielMeurois

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